Du mal du rocker

Du mal du rocker
Une récente phrase d'un ami rocker m'a bien fait réfléchir. Je l'ai entendu dire: "C'est le bon bassiste: on sent le guitariste frustré qui veut faire les choses bien."
Je me suis alors demandé si je n'étais pas moi aussi un guitariste frustré, et si par extension, tous les rockers n'étaient pas des guitaristes frustrés. Il faut tout de même préciser que dans le 90% des musiques qualifiées de rock, la guitare est l'instrument prépondérant qui occupe tout l'espace sonore par un son grave et une grosse distorsion, laissant peu ou voire aucun espace pour que les autres musiciens puissent être entendus. J'en ai déduit qu'il n'y avait, dans le milieu du rock, que deux types de musiciens:
-Les guitaristes/chanteurs, ou les guitar-heroes.
-Les guitaristes frustrés, qui jouent de n'importe quel autre instrument mais qui au final ne servent à rien dans cette musique.
En général, les deux principaux instruments autres que la guitare dans une formation rock sont les bassistes et les batteurs. On ajoutera à ces musiciens l'inévitable chanteur.
...Les chanteurs. Ils forment une caste à part car ils sont au plus proche du public, usent et abusent de leur charisme. Tôt ou tard ils prendront une guitare pour faire une partie rythmique et se sentir moins comme des frustrés.
...Les bassistes. Constituant une catégorie de musiciens bâtards, ils ne sont pas assez ringards pour jouer de la contrebasse (c'est même pas électrique!) mais pas assez vaniteux pour jouer de la gratte (c'est pour les branleurs qui font du tapping). Ils essayent de se donner de l'importance en sortant un plan slap ou en jouant leur instrument avec un mediator pour concurrencer les guitaristes sur leur propre terrain.
...Les batteurs. Les plus frustrés du lot, car leur instrument n'a même pas de notes. Ils se comporteront comme des virtuoses en tapant le plus vite possible pour impressionner. Pour épater les filles et prendre encore plus d'espace sonore que la grosse disto de la gratte, ils se montreront comme des animaux frappant super fort sur leur fûts et virevoltant (toujours très fort !) avec leur double pédale, style "poupée, fais attention, je vais cogner vraiment comme une bête, attention à ma grosse...!"
...D'autres instruments peuvent venir s'ajouter à cette liste de guitaristes frustrés, comme les claviéristes: ils ajoutent des rondes avec un son d'orgue ou de cordes pour donner une "ambiance" au morceau. Ladite ambiance qui ne sert à rien mais qui les fait se sentir utiles. Si possible ils caleront un solo ultra-rapide pour essayer de battre le sweeping du guitariste (mon clavier a plus de note que tu n'en as, na!)
...Les guitaristes, eux, se sentent vraiment les maîtres du monde avec leur overdrive tellement grave qu'ils couvrent la basse et doublent la grosse caisse, et leurs soli déchirants qui vont à une vitesse supersonique.

Mais alors si on veut tous être comme Steve Vai et qu'on joue mal, que faire ?
C'est là qu'on en vient à l'idée de monter un groupe de jazz électrique, voire mieux: de jazz-rock. Puisqu'on peut pas faire de rock sans que le crâneur à la 6 cordes ne s'en mêle, autant le virer et que le claviériste fasse office de soliste. "Yeah, c'est troooop du bon son ça mec, j'te dis. Vas-y, ajoute la trompette, ça pète".
Voilà pourquoi on peut dire qu'en plus de ne pas faire une musique qui s'assume, la petite clique de ces musiciens, qui vont parfois pousser leur délire ambiental jusqu'au trip-hop, est constituée de rockers et de guitar-heroes frustrés. Oh putain ! Je crois que les fans de Weather Report et autres Herbie Hancock vont filer un mauvais coton en se rendant compte que leur musique électrique élaborée en douze mesures n'est en fait que le refus d'avoir un gros son parce qu'ils ne savent pas jouer de guitare. "On n'est pas des animaux, on fait d'la bête de musique cérébrale et dure à comprendre". Hop-là, un préjugé de sauté. Autant assumer tout de suite: je rêve de jouer comme Clapton mais je cite Björk comme référence parce qu'elle utilise un ordi plutôt qu'une bonne vieille grille torchée en trois accords. J'vous dis, pas c'qu'on va se payer en voyant 50 cent chanter en playback plutôt que d'admettre qu'au fond on kiffe les Naast.

Allez, je suis peut-être un peu dur envers les rockers, mais il ne faut pas s'en faire, le R'n'B est là pour nous sauver.

# Posté le vendredi 14 décembre 2007 17:12

Psychopathologie du retard

Psychopathologie du retard
Si vous êtes de nationalité française, ou que vous vivez en France depuis longtemps, vous devez avoir quelques problèmes naturels de ponctualité. En tant que psychanalyste de génie, j'ai fait des expériences sur des fous en retard et ai pu dégager plusieurs niveaux dans la psychose du retardataire.

Niveau 1
Vous avez constamment le stress de ne pas être à l'heure, et votre désir d'être ponctuel peut vous rendre même destructeur (course à pied matinale, hurlement après les embouteillages en voiture, etc.)

Niveau 2
Vos gènes de bon français ont repris le dessus et vous arrivez de plus en plus en retard, tout le temps. La dame de l'accueil du lycée vous attend tous les matins avec une kalachnikov pour proférer un jargon hurlant vous indiquant le chemin du bureau du CPE. Paranoïa complète.

Niveau 3 (niveau max)
Situation ultime, vous en rêvez la nuit, et le matin vous développez des techniques pour vous infiltrer dans le lycée et passer inaperçu après avoir séché les deux premières heures de cours. Vous croyez voir la dame de l'accueil , un bazooka désintégrateur à la main, ainsi que divers pièges à loup posés à votre attention. Vos nerfs sont à bouts, vous vous suiciderez plutôt que d'être pris, mais vous aimez ce rush retardataire d'adrénaline au passage des grilles d'entrée de votre lieu de travail.

# Posté le dimanche 02 décembre 2007 13:23

Ce que le soleil radiophonique nous apporte

Ce que le soleil radiophonique nous apporte
Pour renouer avec les précédentes études anthropo-musicales de ce blog, je propose ici un petit test que j'ai récemment fait. Dans mon travail actuel d'enregitrement d'une démo, je me suis penché sur la durée la plus répandue d'un titre de musique de variété, et ai pu réaliser certains des facteurs de ce qui est communément appelé le "formatage radio". Bien que j'affiche une certitude fort arrogante quand à mes déductions dans cet article, il ne s'agit que d'un test a portée limitée qui peut facilement s'avérer réfuté ou enrichi.
La première des choses, c'est l'inévitable structure de la chanson qui va faire son accessibilité au grand public. Si l'on fait un bref résumé structuerel, vous vous retrouvez à peu près à ça:
Intro
Couplet
Refrain
2e couplet
Refrain
Partie variable (pont ou solo de guitare)
3e couplet
Refrain
Fin
Si l'on veut bien voir que e couplet et le refrain vont de pair, on pourra les regrouper en une partie appelée A. La partie variable de la chanson constitue le coeur musical de la chanson, et est généralemet un peu plus longue que la partie A. On l'appelera B.
En excluant l'introduction et la conclusion (dont il sera question plus tard), on peut redessiner la structure de façon plus évidente sous la forme AABA. Ce AABA constitue donc le motif de référence correspondant au format radio qui conditionne nos oreilles à la perception (et mémorisation) facile et immédiate d'un tube, et qui finit par nous brider, d'une certaine façon, et à nous rendre hermétique à toute mise en forme structurelle moins accessible, plus complexe.
L'élément suivant à traiter sera donc celui de la temporalité de cette structure. Quand on demande le temps le plus répandu de durée d'une chanson, je pense ne pas trop m'aventurer en le situant entre 3 minutes 30 et 4 minutes. Un majorité d'albums durent d'ailleurs entre une demie heure et 40 minutes. Mais alors comment se déroule le temps dans la structure. J'ai fait ce petit relevé sur la chanson d'un de groupes les moins soupçonnables de tendance radiophonique et commerciale, mais qui m'a cependant bien pris par surprise. Pour une facilité de lecture accrue, j'ai arrondi la plupart des valeurs.
A - 50 secondes
B - 1 minute 10 secondes
Si vous appliquez ces temps à la structure AABA, vous obtenez un temps d'environ 3 minutes 40 secondes. Ce qui viendra le plus aisément fausser cette analyse, ce sont l'introduction et la conclusion qui peuvent augmenter la durée du morceau jusqu'à plus de 5 minutes. Mais bien que de durée et de musicalité intéressantes, les extrémités d'une chanson auront tendance à être coupées lors d'un passage sur les ondes, pour que le titre puisse se conformer aux inévitables 3'30".
Outre les implications stylistiques qui définissent le passage de tel groupe ou non à la radio, essayez donc d'appliquer ce petit test aux groupes que vous aimez, si anticonformistes qu'ils puissent se prétendre, peut être vous trouverez-vous dans un cas analogue de mauvaise surprise structurelle. Pour la petite histoire, le morceau dont j'ai employé les durées à titre d'exemple plus haut est All that Remains de Circle II Circle.
Ce qu'il y a d'intéressant dans cette espèce de standardisation des formes musicales qui sont a percevoir comme la dernière mode, c'est qu'elles perdurent dans le même mode de fonctionnement depuis les années (pfiouuuu, ça fait un sacré bail)... disons depuis l'époque des beatles. Bien qu'ayant subi diverses transformations stylistiques à travers les mutations de l'industrie du disque, qu'est-ce qui a vraiment changé ? Urgh... pas grand chose, je crois.

# Posté le lundi 12 novembre 2007 17:25

Modifié le vendredi 14 décembre 2007 17:21

Revenu de vacances.

Revenu de vacances.
Je crains que cet article ne se révèle un des pires de ce blog, et c'est après pratiquement deux semaines de réflexions que je me force un peu pour le concocter. Le temps a passé, je suis revenu d'Italie avec mes sous en poche, un peu fatigué, toujours obsédé par l'idée du CNR. J'ai eu quelques surprises au pays des spaghettis. Tout d'abord, les superstars Ligabue. Ensuite, le sympathique combo Aura, originaire de Giulianova (le chanteur s'est avéré être le neuveu du patron du resto dans lequel je travaillais).
J'ai eu l'honneur et le plaisir de recueillir la proposition du Jumping Social de faire le mixage de leurs prochains enregistrements. Pour ceux qui auront écouté leurs chansons sur myspace, peut-être auront-ils compris qu'ils correspondent tout à fait à mon type de philosophie musicale: jouer pour faire rire. La préoccupation
Du point de vue des Zoonki Toonki, les nouvelles sont autres. En bons termes, nous avons décidé de nous séparer prochainement, après une année musicalement peu productive et pleine d'engueulades inutiles. C'est le problème que je rencontre dans la plupart des formations avec lesquelles je joue: ma tendance de leader autoritaire provoque pas mal de réactions agressives. Je crois que personne n'aime beaucoup avoir de chef. Nous allons donc prochainement éclater la formation actuelle des Zoonkis, probablement après avoir enregistré la nouvelle démo du groupe. La question du groupe duquel je ferais partie après se pose. Mais je compte bien monter quelque chose type les zoonki toonki 2. D'abord parce que monter un groupe avec nom pire que Lustucru c'est vraiment mon rêve. Ensuite parce que j'aurai, d'ici quelques temps, fini d'écrire l'équivalent d'un album que je vais enregistrer (huhu pas vraiment une surprise, hein ?)
Je crois que l'ambition démeusurée habite tout musicien, accompagnée d'un inévitable ego, démeusuré lui aussi. C'est malheureux mais c'est comme ça. Voilà donc ma ptite annonce: à ceux qui souhaiteraient monter un groupe a partir de la mi-octobre, me voilà tout à vous.

# Posté le vendredi 31 août 2007 19:04

Bonnes vacances.

Bonnes vacances.
Cette présentation est un texte d'adieu estival. Vous le verrez probablement teinté d'horribles mélancolies et nostalgies

Départ pour Milan demain à 8h05. De Milan, on raccroche sur Giulianova par l'express. Aller simple.
Mon départ pour deux mois de travail passera probablement pour un acte avoué de cruauté envers la femme qui m'aime. Mais j'ai besoin de ce travail pour m'acheter mon vibraphone et pouvoir rentrer au CNR de Boulogne, si possible en octobre. Je suis cruel et à la fois, je sais que d'aucuns comprendront qu'il s'agit d'un véritable acte de passion. C'est un sacrifice de soi permanent. Un sacrifice fait par amour pour l'art.
Hier soir, j'ai donné un concert au théâtre des Hauts-de-seine, sous la direction de mon prof de percu Alexandre Bérard. Ce dernier m'a réinséré dans les notions de la percussion classique. Une phrase forte de la soirée me restera gravée:
"Merci Alex, pour tout ce que t'a fait pour moi.
-Oh! Mais de rien Antoine, tu te le dois à toi-même."
Pardonnez-moi mes inconséquences, mais je crois faire partie de la rare espèce des hommes que l'on dit passionnés.
C'est ainsi, bien que cela soit particulièrement douloureux. Le changement approche. Il ne s'effectue pas encore au sein de l'être comme un engrais développe une fleur, mais on en sent déjà le parfum. Comme le présentiment de l'avènement futur d'une nouvelle transformation qui donne à l'existence le sens d'un système évolutif sans fin appellé humain. Déjà je berce doucement ce texte vers un ton trop cucu à mon goût, mais si rauque à la fois. Comme une mélodie douce et laide que l'on voudrait forte et belle. Bonne vacances.

Il est dit que les hommes constituent un ensemble, une foule indisséminable. Mais la légende raconte que certains artistes naissent avec un étrange pouvoir: celui de parler à la foule. En Argentine, on dit de ces artistes qu'ils ont ce que l'on appelle de l'ange. Keep on rockin'.

# Posté le jeudi 28 juin 2007 18:24